THE WISEGUYS
FUNK SOUL BROTHER
Article de philippe Morrison paru dans le numéro 15 de TRIBECA 75
(novembre 1998)
Sortie mineure de Wall Of Sound en 1996 avec leur premier album, Les Wiseguys se métamorphosent cet automne avec The Antidote qui devrait semer la panique dans les dancefloors,déjà bien secoués par le single ravageur Ooh La La. Devenu expert dans l'art du mélange des genres et du sampling à tout va, DJ Touché est devenu seul maitre à bord des Wiseguys et peut laisser éclater son imagination. Une imagination boosté à la culture Hip Pop qui voit se cotoyer Louie Louie et DJ Premier, le groove le plus imparable et l'humour le plus "tongue in cheek". Au coté des Propellerheads et surtout Fat Boy Slim, les Wiseguys ont réussi à déjouer les pièges du Big Beat grâce au Hip Hop le moins orthodoxe. L'Antidote à la House pépère ?
Avec ce deuxième album, tu semble avoir voulu insister sur cette culture Hip-Hop dont tu es issu.
DJ TOUCHE. La musique avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a donné envie d'en faire, c'était le hip-hop et donc New-York. Le Hip-Hop new yorkais est celui que j'aime, ce son et les personnes qui m'ont le plus influencé sont des gens comme Pete Rock qui est l'un de mes héros. The Last Professor, Q-tip. Mais, quand je compose j'ai mes propres influences qui surgissent, ma propre personnalité et mes expériences viennent s'y ajouter aussi. Et puis, en ayant grandi à Londres, tu possède un environnement musical très riche que tu en sois conscient ou non.
A ton avis, qu'est-ce qui manquait à ton premier disque, Executive Suite, que tu as voulu améliorer ?
En fait, je ne pense pas qu'il soit incomplet, c'est plutôt ce que j'y ai ajouté et tout ce qui s'est passé durant ces deux dernières années. J'ai appris de nouvelles astuces par rapport au montage de morceaux énergiques par exemple, avec une orientation plus dancefloor tout en utilisant les mêmes valeurs et le même style de production. Quand nous avons écrit Executive Suite, la seule chose que nous connaissions était le Hip-Hop et nous ignorions les autres musiques autour, juste un peu de House et de Techno de Detroit. Mais durant ces deux dernières années, le fait d'apprécier ces disques dont je ne soupçonnais pas l'existence, de faire des Dj set, tu comprends mieux la dynamique des dancefloors. J'ai juste appris la façon dont certains sons fonctionnent en clubs, comment le public réagit ou non et j'ai décidé d'y appliquer ma manière de voir les choses. En tant que Dj c'est fondamental que le public réagisse à ce que je fais. Et puis, j'ai envie de pouvoir jouer mes morceaux durant un Dj set tout en le faisant avec cette patte Wiseguys.
Justement, comment envisage-tu un Dj set ?
A chaque fois que je dois faire le Dj, je regarde toujours qui est avant moi ou après moi. Il n'y a pas d'intérêt à débuter un set dur tout de suite. Je veux que les gens rentrent progressivement dans un set pour qu'à la fin, ils pêtent les plombs, que ça soit bien funky. Mais toujours en respectant mon style, parce que je ne pourrais pas jouer un disque que je n'aime pas simplement parce que ça va plaire.
Tu semble rechercher à travers tes singles comme Ooh La La et surtout Start The Commotion la parfaite chanson groovy. L'auditeur est surpris par l'évolution du morceau et tous les samples semblent vraiment à leur place, l'effet est une vraie tuerie. Absolument, la moitié du processus de composition réside dans l'arrangement. Je pense que personne ne prend ça très au sérieux et je trouve qu'au contraire c'est très important. Tu peux donner les mêmes éléments (samples, parties live) à trois personnes différentes et tu obtiendras trois morceaux différents. L'un fonctionnera et les deux autres non. Je dois faire attention à la manière dont le morceau commence. Il faut qu'il tu attire l'auditeur dès le début sans mettre le meilleur tout de suite comme dans Cow Boy 78. C'est ce qu'il faut retenir de certains disques House ou Speed Garage, c'est le drop dans le breakdown. La manière dont un morceau se construit et soudain ça passe à l'étape supérieure et tu vois la réaction du public qui est explose.
La vidéo de Start The Commotion semble avoir été réalisé en même temps que le morceau tant les effets visuels sont en parfaite osmose avec les samples mêmes.
C'est ce qui est habile. Quand les gens écoutent le disque, ils accrochent d'une certaine manière, puis ils regardent la vidéo et là tout devient clair car visuellement ils voient tous les éléments. C'était l'idée du réalisateur, Peter Rohmanyi. Il a réalisé les vidéos de Pulp (Common People) Propellerheads (History Repeating). C'est un vieil ami de Mark Jones de Wall Of Sound. Il connait ma musique et sait comment elle a été faite. Nous avons confronté nos idées, je lui ai montré mes disques qui collaient à l'esprit des morceaux, ainsi que les pochettes, les vêtements que j'avais en tête. Le tournage était fabuleux, de voir toutes ces idées prendre forme, c'était délirant.
As-tu peur que le coté humoristique des morceaux prenne le pas sur le reste, ces morceaux Hip-Hop qui sont tout aussi efficace?
L'humour dans ces morceaux n'est pas du genre loufoque comme avec Bentley Rythm Ace. Le sens de cet humour est plus un trait d'esprit. Je pense que l'humour a toujours fait partie du Hip-Hop et de la musique, de la vie. Ce disque me reflète parce qu'il y a définitivement mon penchant humoristique mais aussi sombre, il y a le coté dance, le coté mellow. Je veux juste m'exprimer avec de la musique instrumentale et je pense que c'est faisable. On peut me répondre : comment vas-tu faire ça avec juste des boucles et je reponds : regarde.
Pour The Antidote, tu as travaillé à nouveau avec Sense Live et quels sont les autres rappeurs invités sur l'album ?
En fait, ce sont les mêmes que sur Executive Suite plus 3 autres, ça en fait sept. Ils viennent tous de New York. Je connais Sense Live du temps où j'étais dj dans un club à londres en 1992, c'était avant que les Wiseguys se forment. Certains peuvent croire que j'ai pris Sense Live parce que ça fait bien d'avoir un rapper new yorkais pour cette vibe, mais non c'est un vieil ami.
Quelles sont les bonnes parties Hip Hop à londres que tu conseille aux lecteurs de Tribeca ?
Je trouve que l'esprit B-Boy est revenu dans ces parties. Les soirées changent de lieu régulièrement mais essayez le Scratch Bar et le Rockers Revenge, mais le Hop est bon aussi.
Peux-tu nous expliquer pourquoi le Hip Hop n'a pas autant explosé en angleterre comme en france par exemple ?
Je pense que les gens trouvent difficile d'écouter des MC anglais sur disque. Si tu utilise un accent américain, ça va être risible et si tu prends l'accent anglais, ça va faire tache. Mais ça s'améliore maintenant parce que les MC sont plus eux-mêmes, ils ont de bons lyrics et developpe leurs propres styles. La raison pour laquelle le Hip Hop français ou allemand a marché c'est à cause de la langue, si tu entends ton propre langage tu en es plus fier quelque part. En Angleterre, si on veut du Hip Hop, on va écouter Redman ou EPMD et on les comprend.
Quel va être la prochaine étape pour les Wiseguys ?
Travailler à des remixes. On m'en a proposé ces derniers mois mais j'étais occupé par mon album. Alors quand j'aurais le temps après que la promo soit terminé, je veux m'y mettre sérieusement et en faire des killers. Et puis il y a cette collaboration secrète qui se prépare bien. Check it out.
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Et n'importe quoi de Pete Rock, Large Professor & DJ Premier.