THE NOTWIST

paru dans le numéro 25 de la revue MAGIC! Décembre 1998

Article PHILIPPE MORRISON

Si les radios du Rock 30 font leur travail, il est fort à parier que ce quatrième album des allemands de The Notwist leur ouvre grandes les portes de votre imaginaires grâce au single Chemicals. Sorti sur Alienor/Vicious Circle, Shrink est une merveille de chansons pop à la Swell matiné de jazz lancinant et de parasites électroniques enthousiasmants. Comment un groupe bavarois a pu être capable d'un tel disque après avoir épuisé les clichés Noisy ? C'est ce que nous allons tenter de comprendre.

Le Café de la Danse s'active tranquillement alors que The Notwist arrivé en retard prépare leur balance. Les Purr qui font leur première partie s'impatientent sur les gradins car il est déjà 17h30 passés, mais l'admiration qu'ils portent à ce groupe allemand prend le dessus. Il n'est pas difficile de voir ce qui a pu les séduire. Les deux groupes possèdent la même attirance pour les mélodies pop, mais ont choisi de ne pas se laisser enfermer dans le carcan de la Pop en expérimentant tant au niveau des arrangements qu'en ce qui concerne les structures. Si Purr a préféré s'inspirer du Post-Rock (pour effectuer un raccourci rapide), The Notwist eux ont choisi de refléter leur goût pour l'électronique et le jazz, ce qui est loin d'être antinomique avec la musique de Purr bien sur. Mais, l'histoire de Notwist n'est pas si simple. Si bon nombre d'entre-vous vont les découvrir avec ce magnifique quatrième album Shrink, il vous faut savoir que le parcours de ce groupe est exemplaire.

Weilhem est une petite ville provinciale proche de Munich en Bavière. Sans université pour rajeunir la population et égayer la vie nocturne, que peut-on bien faire à 18 ans quand la perspective de mener une vie bien rangé vous semble la fin du monde ? Que peut-on bien faire sinon former un groupe de Rock ? Nous sommes en 1989 et les trios sont à la mode depuis l'avènement de Husker Dü et surtout Dinosaur Jr dont le Freak Scene sera l'hymne de toute une génération cette année là. Aussi, les frères Acher (Markus à la guitare/chant et Micha à la basse) se joignent au lot en compagnie de Mecki Messerschmidt à la batterie et sortent en 1990 leur premier album. S'en suivra deux autres albums de Noisy/Metal en 92 : Nook et en 95 : 12 qui vont leur permettre d'écumer les scènes européennes et américaines en compagnie de Jesus Lizard, Fugazi et occasionellement de reprendre le Johnny&Mary de Robert Palmer pour une vidéo du français Serge Ellissade remarqué sur MTV. Mais, c'est en 1997 que la formule se fissure. Si, 12 finit par être distribué en Angleterre et aux USA et recueillir des critiques élogieuses, le groupe décide de tourner la page. "C'est vrai qu'on se sentait un peu prisonnier de notre formule de trio à guitares" confie Markus, "Je n'avais plus d'idée pour ce style de musique. L'intention de départ était de composer un disque que nous pourrions acheter, et je pourrais acheter un disque de guitares maintenant mais il faudrait qu'il y ait quelque chose d'inhabituel dedans, de surprenant. Nous voulions ajouter d'autres choses à notre musique dans les arrangements". Pour ce faire, ils embauchèrent Martin Grestchmann pour s'occuper de l'électronique, suprème hérésie pour un groupe de rock, et ainsi achever cette mutation indispensable au groupe. "Tout d'abord, la venue de Martin s'explique car nous sommes de grands fans de ce qu'il fait en solo sous le nom de Console. Nous pensions qu'il pouvait amener de nouvelles idées dans la composition des morceaux et une nouvelle impulsion au groupe". Impulsion est un mot bien faible pour décrire ce mélange de deux genres dont rares sont ceux qui ont réussi à éviter la parodie. Seuls les américains de Brainiac récemment avaient réussi sur leur dernier disque Hissing Pricks In Static Couture ce difficile mariage. Mariage brillamment réussi par Notwist sans doute également du au fait que Martin Grestchmann était bassiste dans un groupe de rock avant de se lancer dans l'électronique, donc plus à même de comprendre le fonctionnement d'un groupe.

Prenez le single Chemicals, ce tube potentiel est le parfait résumé de ce qu'est devenu Notwist maintenant. "Chemicals était au début composé comme un morceau grungy. Alors, nous avons complètement détruit la première version parce qu'on avait peur d'être un peu trop cliché et on a voulu des sons qui allait à l'encontre de ça comme les grrr électroniques que tu entends ou d'étranges accords jazz de façons à ce que tu puisse découvrir des choses dans le morceau après plusieurs écoutes".

En parallèle à l'aventure Notwist, les frères Acher formèrent il y a deux ans le groupe Tied&Ticled Trio avec des musiciens de jazz allemand dont Johannes Enders et tournérent l'hiver 96 avec Stéreolab (ce qui devait aboutir à la sortie du nouvel album de Notwist sur Duophonic en octobre dernier). Ce qui permet de mieux saisir l'évolution de Notwist. "Ce projet a été vraiment important pour notre nouvel album. On a d'abord voulu introduire des éléments jazz dans notre musique. C'était la première fois qu'on improvisait sur des ébauches de morceaux ce qui nous a permis de les faire évoluer ainsi. Nous avons eu de la chance car c'est très difficile de rencontrer des musiciens de jazz qui veulent bien jouer dans un groupe comme nous, qui soient aussi ouvert et qui respectent notre musique. Et Johannes a cette qualité, en plus on le connait depuis longtemps, il habite la même ville que nous". Ce qui reste étonnant, c'est qu'il leur a fallu tout ce temps pour laisser paraître au grand jour leur amour pour les disques Blue Note ou le Sextant d'Herbie Hancock quand on sait que leur père les y a initiés très tôt par sa fabuleuse collection de disques et que Micha avant d'être bassiste avait joué de la trompette dans un orchestre de Dixie avec son père.

Ce qui caractérise en plus Notwist c'est cette voix de Markus, chaleureuse et fatigué comme sur Your Signs évoquant l'ombre de David Freel de Swell. "On m'a parfois reproché d'être le chanteur qui ne voulait pas être chanteur, et c'est vrai qu'au début ce n'était pas ce qui m'interessait. Je ne suis pas une personne qui s'extériorise facilement. Je voulais juste être une partie de la musique, et pas la plus importante". Puis, alors qu'Ulrich Vandenheim, le saxophoniste qui les accompagne en tournée, débarque de l'hotel avec deux heures de retard (ce qui lui a fait rater la balance et notre session photo), Markus s'emballe sur toute cette nouvelle scène germanique électronique de Berlin (Contriva) Hambourg (Blumfeld), et particulièrement celle de Cologne avec Mouse On Mars "ou Pluramon dont le dernier disque est l'un de nos disques de chevets sur lequel tu retrouve Jaki Liebezeit le batteur de Can".

Si, sur scéne The Notwist ont encore du mal à se défaire de leurs vielles habitudes Noisy (on a parfois l'impression de voir les Boo Radleys en 1990), nul doute qu'avec un répertoire totalement renouvelé ils sauront être à la hauteur des espérances suscité par ce nouvel album Shrink. Puis, après avoir tourné aux USA en compagnie de Cornélius et Solex, Markus Acher et ses acolytes vont préparer la bande originale du long métrage d'un certain Sebastien Schipper. Décidément bien atypique dans le monde de la Pop, la démarche de The Notwist risque bien de leur ouvrir les portes de la reconnaissance étrangère. Oubliez vos idées préconçues, le futur de la pop pourrait bien venir d'Allemagne cette fois çi.

 

DOUBLE ENTREE / PLURAMON

L'homme qui se cache dérrière Pluramon, Markus Schmickler, fait partie du collectif électronique A-Musik à Cologne, l'une des villes phares en ce qui concerne toute cette scène expérimentale au sein de laquelle on retrouve aussi bien les jusqu'au boutistes Oval comme les plus accessibles Mouse On Mars. Une scène qui se donne rendez-vous au club Liquid Sky si vous passez dans le coin. A-Musik est un magasin de disque et surtout un label sur lequel on retrouve Wabi Sabi l'autre projet solo de Markus Schmickler ou Microstoria qui héberge la rencontre bienvenue entre Oval et…Mouse On Mars. D'ailleurs nous retrouvons Jan St Werner de Mouse On Mars sur ce second album de Pluramon : Render Bandits. Mais, Pluramon cet été a fait sensation avec Render Bandits sorti sur le label de Francfort Mille Plateaux, un album où Markus Schmickler tente avec brio de repousser les limites du Post-Rock grâce à une utilisation intelligente du Dub, des guitares, d'éléments rythmiques (aidé par Jaki Liebezeit de Can) et des claviers. Un nom à suivre de très près d'autant plus qu'il vient de composer une pièce pour l'orchestre de chambre parisien dirigé par Peter Eotvos.