THE SMASHING PUMKINS

L'ETRANGE HALLOWEEN DE MONSIEUR JACK

Article de Philippe Morrison paru dans le numéro 5 de MAGIC! (novembre/décembre 1995)

Annoncé comme un "pet sounds" rock, "MELLON COLLIE" est un chef d'oeuvre Métal,baroque, lyrique et emporté où la furie la plus sauvage (tales of a scorched earth) cotoie le plus galant ("take me down"). Longtemps décrié et déprécié, les SMASHING PUMKINS choisissent leur troisième album pour remettre les pendules à l'heure et montrer clairement la hauteur de leurs ambitions. Ce double Cd, (de plus de 2H15 de musique!), est-il un album mégalo, anachronique en ces temps de facile aisance Rock ou est-ce une oeuvre visionnaire et flamboyante dont le temps se chargera de prouver toute la richesse et l'intelligence?

 

L'IMAGINATION AU POUVOIR

 

Quelques notes de piano, délicatement accompagné de cordes pensives, débute l'album auquel succède un "tonight, tonight" envolé et lyrique.

Ainsi débute ce fameux troisième album, et plutôt que de nous refaire un "Siamese dream2", ils ont décidé de se laisser aller à montrer au monde qu'ils ne sont définitivement pas un NIRVANA de seconde division. Cette fois-ci, les SMASHING PUMKINS semblent avoir décidé de s'être laissé aller dans l'écriture des morceaux, à être imaginatif et à se renouveler, à repousser leurs limites. Car comment croire que c'est le même groupe qui peut se permettre des morceaux aussi forts et déroutants que "xyu" où l'on perçoit nettement billy corgan déconnecter avec sa voix ou bien "love" et ces bruits synthetiques qui viennent parasiter une de leurs mélodies les plus imparable? Comment croire qu'il s'agit du même groupe qui ouvrait si maladroitement pour les BUZZCOCKS en 1992 à l'Elysée-montmartre?

Car comment croire qu'il s'agit du même groupe qui ouvrait si maladroitement pour les BUZZCOCKS en 92 à l'Elysée montmartre?

Et pourtant tout n'avait pas si mal commencé pour eux. Formé en 1988 à Chicago, ils ont su très vite se démarquer des sons Wax Trax et Touch and Go en vigueur à cet époque et réussir à sortir leur premier single "Tristessa" en 1990 sur un label de Seattle en vogue à l'époque dans les milieux spécialisés. SUB POP venait de sortir, quelques mois auparavant, sa compilation/pilier d'une nouvelle scène croisement entre les STOOGES/MC5/BLUE CHEER: "Sub Pop 200" où l'on retrouvait aussi bien MUDHONEY, TAD, NIRVANA, que BEAT HAPPENING. Mais, en 1991, les SMASHING PUMKINS préférèrent signer sur l'indépendant, "succursale" de VIRGIN, CAROLINE pour y sortir son premier album, le légendaire "Gish" produit par un obscure personnage, que l'on connaissait plus pour ses travaux avec les bruitistes KILLDOZER: BUTCH VIG. Celui-ci devait connaitre une plus grande reconnaissance avec la sortie trois mois plus tard du planétaire "Nevermind" de qui-vous-savez. Tout de suite, "Gish" jetait les bases du son SMASHING, ce savant dosage de rock à tendance heavy, de psychédelisme nuancé, le tout enrobé dans des mélodies aussi imparables que "i am one" ou "rhinoceros". Bien sur, les journalistes cherchèrent des étiquettes et on parla de JANE'S ADDICTIONS ou bien évidemment de LED ZEPPELIN. Et ce n'est qu'avec leur deuxième album, cette fois-ci sur VIRGIN, qu'ils réussirent à imposer leur style: ce déluge sonique et ce balancement rythmique caractéristique de la partie dure desSMASHING PUMPKINS tel que l'on peut le retrouver sur le premier single, extrait de l'album "Cherub rock", et plus encore sur "Geek USA". Sorti en 1993,"SIAMESE DREAM" ne fut pas si facile à accoucher, le groupe était sur le point de se disloquer, tiraillé entre les dépressions de Billy Corgan et ses humeurs dictatoriales, les cures de désintox du batteur Jimmy Chamberlain, et la fin de la liaison entre le second guitariste James Idha et la bassiste D'arcy Werstky. Pourtant ce fut l'album qui leur ouvrit les portes du marché Alternative Mainstream avec ses 2 millions d'exemplaires vendus

Il faut dire que depuis la sortie de "Gish", les choses avaient pas mal bougé. Le phénomène GRUNGE était à son apogée et leur participation à la BO du film très médiatique "Singles" aux cotés de PEARL JAM et SOUNDGARDEN a orienté beucoup d'oreilles de leur coté; de plus avec Buth Vig de nouveau aux manettes, la prise de risque n'était pas très grande. Ceci dit, on y retrouvait des morceaux comme le très prenant "Spaceboy" dédié à son frère handicappé Jesse, ou bien ce single osé qu'était "disarm", avec ses cloches, sa section de cordes et sans guitares électriques. Mais ce fut "Today", avec son clip en "heavy rotation" sur MTV qui fit le reste: une belle vidéo avec des couleurs flash et une mélodie entétante à la simplicité désarmante.

Propulsé sur les rails de la célébrité, Les SMASHING PUMKINS, cependant, ne réussirent pas à véritablement exploser, peut-être dù à une incapacité à bien gérer leur image et leurs humeurs. L'année 94 fut l'occasion de faire patienter les foules avec une compilation de faces B et raretés "PISCES ISCARIOT" qui comprend surtout la version fantastique de "AGirl Named Sandoz" des...ANIMALS. Et puis il y eu cette tournée en tête d'affiche du LOLLAPALOOZA 94, en remplacement de NIRVANA pour la raison que nous savons tous, qui a du les préparer à la prochaine tournée triomphale de l'année prochaine et pour la composition des titres de ce "MELLON COLLIE".

"je pense que c'est venu avec le temps, le fait de grandir en tant que groupe" explique jimmy. "Quand on a fait "siamese dream", on s'inquiétait beaucoup plus de ce qui pouvait se passer, comment il allait être perçu; alors que pour celui-ci, on a décidé de ne pas s'occuper de ça et d'être plus détaché de ce genre de préoccupations. Les deuxièmes albums sont toujours une "saloperie" à faire, parce qu'ils doivent ètre si calculé. Et pour notre troisième album, nous sommes dans une position ou nous avons un label qui croit vraiment en nous, qui fait ce que nous voulons. Nous croyons en nous-mème. Nous ne sommes pas vraiment concernés par le fait de vendre des millions de disques. Notre principale préoccupation est de donner la plus naturelle représentation du groupe à travers tous nos styles de jeu. Si tu écoute l'album, tu peux voir que cela va d'un extrème à l'autre. Nous nous sentions plus matures pour se permettre cette diversité, et puis auparavant, nous n'aurions pas pu imposer cette vision des choses.""

 

LE DERNIER ALBUM ?

 

Alors bien sur on retrouve ces grosses guitares Heavy, du duo billy corgan/james iha, qui ont fait leur renommée dés leur premier single "tristessa" sur...Sub Pop, cette basse ronde et efficace de la blonde D'arcy ,qui fait phantasmer tous les post-teenagers acnéiques, et qui seconde admirablement la batterie imaginative de jimmy chamberlain. Tous les ingrédients sont là pour épouser les formes des mélodies de cette voix, angélique, frissonante et cette fois-ci par moments désespérement furieuse, de billy corgan C'est elle qui fera toujours la différence contre tous les PEARL JAM de la terre. Car elle renferme l'Ame des SMASHING PUMKINS, cette sensibilité féminine, ce qui ne sous-entend pas femmelette, et qui nous les rend si proche malgré ces plans marketing de world domination.

"ma manière de chanter est très inconsciente, de tout ce que je fais c'est la chose dont je me préoccupe le moins. C'est très naturel". nous confiait billy il ya deux ans.

Mais cette fois-ci il a resenti le besoin de la trafiquer, de la pousser jusqu'au cri colérique comme durant les concerts de cet été., ce qui restait une colère gracieuse est devenu plus brute et immédiate. D'ailleurs durant une bonne partie de l'album, on sent une urgence à communiquer ses troubles ou son amour, en fin je ne sais quoi, comme si demain allait être trop tard. "l'idée en fait était d'approcher l'album comme si c'était notre dernier, avec la notion de pousser chaque truc à sa limite, sans se soucier de faire un autre album des SMASHING PUMKING" raconte Billy. "Ainsi, nous n'en n'avions rien à faire si nous détruisions tout Je pense que cela a eu une grande influence sur la partie Rock de l'album, parce que on s'en foutait, c'était notre dernier album, alors? "

 

LE SEXE EST-IL ROMANTIQUE ?

 

Interviewer Billy Corgan seul ou avec son groupe sont deux choses trés différentes. Autant il peut être attachant quand on est seul avec lui (comme il y a deux ans), autant il peut être distant, ne s'écartant pas de sa ligne défensive quand il est avec le groupe, frôlant le cynisme désespéré qui ne trompe pas, mais en un quart d'heure, il est difficile de lui faire comprendre qu'il est en terrain ami, surtout quand il n'a visiblement aucune envie de faire cette interview. Alors on se risque à poser des questions comme celle-ci:

- peut-être le terme est-il trop fort, mais ce nouvel album m'apparaît profondément romantique? et voici ce que donne leur réponse:

BILLY- "le sexe a définitivement joué un rôle dans l'élaboration de cet album"

JAMES- "il y a des choses plus romantique que le sexe".

BILLY- "tu pense que le sexe n'est pas romantique, james?"

JAMES- "non" (rires)

Ou bien, vous pouvez également demander si après avoir composé ces 28 morceaux, ils n'ont pas la sensation d'avoir donné tout ce qu'ils avaient sur le coeur? ce à quoi billy trouve trés malin de répondre: "oh, oui. Avec 28 morceaux tu couvre beaucoup de sentiments". Ce qui est donc trés drole.

Et vous passez donc à une autre question pour chasser le "cherub" qui passe.

-Et dans quel état d'esprit, avez-vous décider de l'ordre des morceaux sur le disque et de la séparation des deux compacts qui s'appellent respectivement: "from dawn to dusk" et "from twilight to starlight"?

BILLY -quand on a regardé les morceaux, on voyait qu'ils tombaient dans diverses catégories. Il y avait ceux qui étaient plus aggrésif, plus urgent, energique et il y en a qui sont plus "spacey" plus réveur, puis les autres sont trés sombres, et ceux qui sont d'un psychedelisme tordu, tout en restant pop. Voilà comment sont les 4 différentes séquences de l'album: de l'upbeat au spacey, et de l'obscure au psychedelisme pop.

MAGIC -je pense aux morceaux sombres qui sont fantastiques sur la troisième face de ma cassette..

BILLY -oui, ils sont trés puissants. Je pense que là est le coeur de tout l'album, ses tripes. Et ceux qui ne seront pas attirés par cette profondeur préfererons la première face. Je pense que si on avait décidé de complètement s'éloigner des SMASHING PUMKINGS, le troisième disque aurait été celui-là. Mais nous voulons toujours faire un autre disque en tant que ce que les gens connaissent de nous. Alors ce n'est pas un compromis... Il n'y en a aucun car nous n'avons rien enlevé. Mais c'est un compromis entre le vieux coté des SMASHING PUMKING et le nouveau.

AMBITION OU ARROGANCE ?

MAGIC -pensez-vous que la plupart des groupes échoue par manque d'ambitions?

BILLY -Nous avons une trés forte opinion sur le fait que la plupart des groupes ne sont plus ambitieux, et les médias, d'ailleurs, ne les incitent pas à l'ètre davantage. Et je pense que c'est assez désolant ce que l'on a pu écrire sur nous parfois. On aurait pu faire ce que tout le monde fait sans se fatiguer. on peut imiter NIRVANA trés facilement si tu insiste, comme tout le monde fait en ce moment. Ils ont tous des Hits en imitant NIRVANA".

Il ont d'ailleurs refusé un jour de faire la bande son d'une pub pour LEVI'S, lesquels on réquissionné un groupe écossais pour faire une copie de"today" des SMASHING et ce fut le jackpot pour STILSKIN (qui?)

" Et nous pensons que nous sommes dans une catégorie spéciale parce que nous essayons de briser des barrières. Et quand tu brise des barrières, tu fait des erreurs, tu as l'air stupide, tu ne le feras pas parfaitement.

MAGIC -la dernière fois que je t'avais rencontré, il y a 2 ans, tu semblais ètre préoccupé par le fait de vous transcender, tu parlais de transcender l'ordinaire dans le "beautiful".

-"je n'arrive plus vraiment à réussir cela maintenant ".

Il est sur que quand il fait chanter une foule de 10 000 personnes sur le couplet de "disarm", cela ne doit pas être si évident que ça pour trouver une beauté quelconque dans ce geste. Là se trouve toute l'ambiguïté des SMASHING PUMKINS. Dans ce refus de toute cette mythologie du "sex and drugs and rock'n'roll", et en même temps en avouant à nos confrêres du NME: "we just want people to rock!". Et sur scène, Billy aurait plutôt tendance à en rajouter avec le public. Ce que bien évidemment toute personne sensée qui a été élevé au Punk-rock ne ferait jamais. Or billy concède que la première fois qu'il a entendu les Pistols c'était vers 84/85 et que de toute façons s'il devait être pour les années 90 , l'un de ces groupes des années 70, ce serait plutôt QUEEN ou PINK FLOYD que les PISTOLS. et il rajoute: "c'est comme tenter de culpabiliser un athée de ne pas croire en dieu" (Nme. jan;94). Ceci n'enlève rien à son talent, mais on comprend mieux certaines de ces attitudes capricieuses de Rock Star qui risque de l'isoler un peu plus et d'accentuer cette incompréhension vis à vis de sa musique dont il semble tant souffrir.

"On s'en fout maintenant. Parce que tu atteints un stade ou si tu es un imposteur et que quelqu'un te critique, tu peux faire autre chose tout en restant un imposteur. Mais si tu es toi-mème et que l'on te critique, qu'est-ce que tu es supposé faire? tu ne peux pas te changer juste à cause de ce qu'on dit de toi. Alors, on a atteinds le point ou nous disons: regarde, nous savons que nous sommes, bon, on a confiance dans ce que nous pouvons faire et ceci est un trés bon disque. et si les gens ne l'aiment pas ou ne le comprennent pas, si ça ne le fait pas, alors rien ne le fera.

 

MAGIC -tu disais tout à l'heure que tu avais composé cet album come si c'était votre dernier, et j'aimerais savoir si cela t'effraie, parfois, de voir tes rèves réalisés?

-"oui et non. je pense oui au sens ou nous avons survécu 7 ans en tant que groupe. Nous sommes nous-mèmes, nous sommes fiers de ce que nous faisons, nous n'avons pas honte, nous ne sommes pas embarrassés par ce que nous avons pu faire il y a 5 ans, à part peut-ètre les vètements. Mais nous regrettons d'avoir été mal compris. Il y a eu pas mal de choses dites à notre sujet qui nous ont blessé, parce que tout ce que nous avons voulu ètre c'est d'ètre bon. Et quand on se fiche de toi parce que tu essaye d'ètre bon, c'est quelque chose que nous n'avons pas compris. Et pour nous, ètre bon ce n'est pas imiter et ètre les meilleurs imitateurs. Bon, c'est ètre qui tu es et...nous avons du succés en tant que les SMASHING PUMPKINGS heureusement cet album va mettre les choses au point et s'il n'y arrive pas, tant pis, je ne vois pas ce que nous pourrions faire d'autre""

 

On aurait pu vous parler des potins de billy et courtney, de la passion de james pour le groupe sixties music machine, de la séparation de james avec d'arcy, de lilian gish, de jesse (le frere handicappé de billy), des dessins de sa femme chris, de l'influence de son père, de leur tournée il y a bien longtemps en première partie de GUNS'N'ROSES!!, de sa thérapie au moment de "siamese dream", Mais est-ce vraiment important? il y a d'autres qui n'auront pas les mêmes scrupules que nous, alors à quoi bon? les SMASHING PUMPKINS s'affirment comme l'un des groupes majeurs des années 90 et "mellon collie and the infinite sadness" comme la bande-son Métal à notre malaise fin de siècle, mais avec un happy ending parce qu'il ne faut pas pousser tout de même (la sublime ballade "by starlight"), au bout du compte seul l'amour importe.

BILLY CORGAN

LE PUMPKIN KING

Né en 1967à chicago, ses parents divorcent quand il a 4 ans. Ila commencé la guitare à l'âge de 16 ans, et son premier disque fut CHEAP TRICK. Il quitta la maison à 18 ans pour aller en floride voir ce qu'il s'y passe. Il en profite pour créer son premier groupe "the marked" à cause d'une tache de naissance sur son avant-bras gauche. Mais ce devait être son deuxième groupe qui fut le bon. Après avoir rencontré ceratins membres des futurs SMASHING à un concert de ...KISS, leur premier concert eu lieu en 1988 avec une boite à rythme. Puis ce fut la signature sur Sup pop, et finalement sur Caroline en 1991 qui scella l'avenir du groupe. avec la sortie du légendaire "gish" trois mois avant celle non moins planétaire du "nevermind" de qui-vous-savez. A noter quelques performances acoustiques en 1993 en Black session ou ailleurs dans le monde, qui donnèrent l'occasion de les voir plus laid-back et plus décontractés, et surtout de se rendre compte que dépouillés, leurs morceaux sont tout aussi prenants et envoutants. On se souviendra longtemps de cette reprise du "kooks" de bowie au studio 104...