RZA
Article de Philippe Morrison paru dans le numéro 15 de TRIBECA 75 ( Novembre 1998 )
"Hollywood n'en avait rien à faire de produire Bobby Digital, alors j'ai du le faire de manière totalement indépendante avec mes thunes. Mais, à la fin j'ai du arrêter les frais car j'avais déjà englouti près d'un million de dollars en tout et il reste le montage à faire". Ce fim sortira directement en vidéo mais RZA s'est engagé à le faire distribuer en France. En effet, lorsque RZA ne produit pas les disques de ses potes du Wu-Tang Clan, qu'il ne collabore pas avec Bjork, qu'il ne gère pas son petit empire des Wu-Tang Productions (disques, vêtements), il trouve encore le temps de réaliser, de jouer et de composer pour son premier film Bobby Digital, l'histoire d'un black du ghetto devenant un superhéro grâce au Honeydip qui rend digital son cerveau. Imaginez donc une rencontre entre Shaft et Toxic Avenger, d'autant plus qu'il est en contact avec Isaac Hayes pour la B.O. "Je voulais composer une bande originale d'anthologie parce que quand tu écoute ces B.O de films Blackploitation, il y a cette vibe que je recherchais". Bien sur, on y retrouve dans les featurings de l'album toute la clique de Method Man à Ghost Face Killah avec peut-être un peu plus de filles (Angela Robertson), c'est le coté glamour de Bobby Digital mais l'album paraît plus léché même si quelques morceaux de bravoure hardcore (N.Y.C Everything) rétablisse une balance bienvenue.
L'un des derniers du Wu-Tang Clan à sortir son premier album solo, RZA a composé ces morceaux dans des chambres d'hotels entre L.A, New York ou bien Atlanta; d'ailleurs dans un coin de sa suite d'hotel on retrouve son séquencer et une petite table de mix 8 pistes. Mais, il semble qu'il ne faille pas trop prendre au sérieux Bobby Digital puisque son premier véritable album solo sous son nom est prévu au début de l'année prochaine. "Le titre de mon album solo est : The Cure. On peut le voir comme une continuation de Sunshower, le morceau qui figure sur le second album du Wu-Tang Clan. Ce morceau est vraiment à la base de RZA. Ce qui est drôle c'est que ce morceau n'est qu'un bonus track pour l'europe. Je n'ai pas voulu le mettre sur le pressage américain car ils ne le méritent pas encore. Ca serait comme de donner du caviar aux cochons".
En fait, RZA s'anime quand il parle de ceux qu'ils l'ont influencé. De GZA "celui qui m'a éclairé" au couple Martin Luther King/MalcomX jusqu'à Robert et John Kennedy!! Puis, tout en avalant une bouchée de spaghetti à la bolognaise, il ne cesse de louer les mérites du producteur de Stax : Willie Mitchell ou bien l'injustement méconnue Ann Peebles. RZA nous surprend quand il parle de son amour pour la sonorité du piano et de son admiration pour les jazzmen Bill Evans et Thélonius Monk. "Je suis plutôt intéressé par la manière dont il frappait les touches de son piano, avec son coude par exemple, mais ça ne m'intéresse pas de recréer les mêmes parties musicales".
Mais, RZA est devenu en quelques années également, après son expérience malheureuse en 1991 sous le nom de Prince Rakeem, un businessman redoutable grâce à l'utilisation des "mathématiques" cette enseignement métaphysique obscure de la Nation of Islam selon laquelle seul 5% des hommes sont dépositaires de la connaissance. "Les Mathématiques sont ma clef pour aborder le business. Puis, j'ai lu des bouquins sur l'industrie du disque. J'ai emmagaziné vite, et j'ai compris de plus en plus de choses à ce propos en me faisant avoir au début. Maintenant, tu ne peux pas me tromper. Je te laisserai me baiser au début si je vois que c'est ce que tu veux et puis quand tu devras aller pisser je te baiserai".
Pendant que Robert Diggs (son vrai nom) continue en autodidacte d'étudier la macro-biologie et le magnétisme et avant qu'il devienne scientifique (sa passion secrète), l'empire Wu-tang est omniprésent sur la planète Hip-Hop depuis 5 ans et cela n'est pas près de finir. "Les gens ne peuvent pas se lasser de nous maintenant car ils n'en ont pas eu leur pleine dose. Le Wu-Tang regroupe tant de choses, il a ouvert un vaste océan. Nous avons influencé beaucoup plus de choses que nous avions imaginé. Peut-être se lasseront-ils des Wu-Tang mais jamais du WU".