PIZZICATO FIVE

Article par Philippe Morrison paru dans le numéro 14 de TRIBECA 75

(septembre 1998)

Depuis combien de temps n'êtes-vous pas sortis d'un concert hilares? Fin juin à la Maison de la Culture du Japon à Paris, il aurait été difficile d'en être autrement. Impossible de résister à ce Groove rétro-futuriste des Pizzicato5 et à leur show réglé au millimètre boosté par un écran géant bombardés d'images de la Pop Culture. Personne n'oserait en Occident faire ce que ces trois nippons font sous peine de ringardise absolu. Et pourtant voir Bravo, qui a loupé de peu l'audition du guitariste du Muppet Show (c'est pas faute d'avoir les mêmes fringues), Yasuharu Konishi, le Jerry Lewis de la basse et accéssoirement compositeur du groupe et sa muse Maki Nomiya cherchant à rivaliser avec Ru-Paul pour l'extravagance de ses tenues de scène (qu'elle change tous les morceaux) cela dépasse toute critique car les Pizzicato5 sont cools et glamours. Recyclant tout ce que la culture occidentale a fait de mieux dans les années 60, imaginez Andy Warhol, Dee Lite, Les Baxter, Sly Stone et toute la troupe de Casino Royale booké dans le même orgasmotron, il est alors difficile d'en dire du mal. "Ça me fait plaisir que les gens puissent penser que c'est superficiel" nous confie le regard fuyant Yasuharu Konishi. Difficile d'en tirer plus car l'un des japonais les plus déridants sur scène est aussi à la ville d'une austérité à toute épreuve. Ne parlant pas anglais, il répond d'une voix monocorde en courtes phrases et si vous lui parlez d'autre chose que de vinyls, vous vous risquez à des réponses comme : "Le sampler est une machine à remonter le temps qui ne peut pas aller dans le futur" ou "La culture japonaise appartient aux jeunes filles maintenant" gardant le meilleur pour la fin "Si les Français apprécient le concert de ce soir, ça serait bien pour moi"!!!

Bien qu'ayant sorti leur premier maxi en 1985 "Audrey Hepburn Complex" sur le label d'un ancien YMO, il faudra attendre leurs passages successifs au New Music Seminar à New-York en 1992 et 1994 et la compilation indispensable Made In USA la même année pour que enfin nous nous mettions à trémousser sur des airs comme Sweet Soul Revue ou Twiggy vs James Bond. Et rétrospectivement, on s'aperçoit même que Cornélius a produit l'album Bossa Nova 2001 en 1993. De plus, Pizzicato 5 ne laisse rien au hasard travaillant leurs pochettes et leurs affiches les designers japonais les plus in de Shibuya comme Mitsuo Shindo ou Groovisions. Toujours avec une fixation quasi infantile sur ces années 60 et l'Occident qui s'explique car " on a perdu à la guerre contre les Américains. Au niveau économique, toute la culture américaine a été importé au japon et à l'époque il était difficile de donner une productivité à la culture japonaise qui était à un niveau pas très intéressant. Et puis comme l'Afrique était très loin, on s'est dit que l'Europe c'était bien". Pourtant en France ils restent confidentiels alors que les tubes ne manquent pas, tel The Earth Goes Around ou Mon Amour Tokyo sur leur dernier album en 1997 Happy End Of The World. Mais, de toute façon "le but n'a jamais été d'être connu en Occident". Ainsi, alors qu'il n'aime pas la récente compilation de remixes sorti sur Matador/PIas à part celui de St Etienne et de Dimitri qu'il trouve "passable", il préfère s'étendre sur son activité de DJ se glorifiant d'être le seul au Japon à pouvoir lire une partition. Vous avez d'ailleurs des chances de le trouver un soir mixer au fameux Yellow "n'importe quoi au bon sens du terme. Du Sixties Jazz, French Pop, Latin, House/Drum&Bass et Fela". Mais au déla de cette fascination pour l'Occident, qu'est-ce qui le gène le plus dans la culture japonaise? " le design. Beaucoup d'enseignes (les cabines téléphoniques par exemple) sont d'une couleur vert pomme. Et ça, je ne peux l'accepter. C'est insupportable". Il aura fallu que nous lui assurions que nous allons faire tout notre possible auprès des japonais pour les persuader que le Vert Pomme est le comble de la laideur pour qu'il se déride légèrement. Mission accomplie.

Seule une question hante notre esprit à la sortie du concert. Cette image de la culture occidentale dans tout ce que cela comporte commes superficielles apparences que Pizzicato5 nous renvoie en plein visage ne nous montre t-elle pas toute la dérision de notre culture?

Arigato, We Love You.