GODFLESH

Rush d'une interview réalisée l'été 1996 pour la revue Octopus par Vivian(e) Vog paru dans le numéro 5

La similarité des pochettes entre Streetcleaner et Songs of Love and Hate.

Benny Green- C'est juste une coincidence. Celle-ci est une vraie photo, ce n'est pas un collage. Elle dit beaucoup de choses sur le cycle que vivent beaucoup de gens. Travailler et puis mourir. Mais en ce qui concerne le fait que tu retrouve souvent le crucifix dans notre visuel, nous n'y pensons pas tout le temps...

Il nous parle des écrivains français qu'il apprécie: Zola et Gide.

"La haine des gens" de Justin et leurs performances scéniques.

- Nous n'avons pas de relations avec notre public sur scène. Nous ne parlons pas au public comme cliché Rock'n'roll genre: Bonjour, Paris (ce que fera exactement Jourgensen deux heures plus tard.ndr). Notre musique est très personnelle et nous sommes plutôt des musiciens que des performers sur scène. Ce n'est pas une position très confortable de jouer devant un public. Mais comme nous le faisons depuis un certain temps, les gens semblent apprécier et savent à quoi s'attendre, alors...Et je regarde rarement les gens, je regarde au-dessus des têtes.

(Brian mantia a joué avec Limbomaniacs, Tom Waits et Praxis. C'est un batteur hip-hop. Ils se sont construit leur propre studio au fur et à mesure, gràce au deal avec Columbia pour Selfless, ils ont pu le perfectionner avant de se faire virer par cette major)

Nous ne sommes pas techniques, nous nous servons de nos oreilles, si ça sonne bien, alors ç'est le principal. Nous sommes juste obsédés par la musique et l'enregistrement, nous nous sentons mieux en studio qu'en concert. C'est notre élément. C'est bien de jouer live, mais c'est les tournées qui nous fatiguent. Nous avons du mal à controler vraiment ce qui se passe sur scène, à la différence du studio.

Inspiration

Notre inspiration vient quand il est temps. Quand notre label nous demande un nouveau disque pour dans trois mois, alors nous avons toujours des ébauches, des bouts de textes qui trainent que nous essayons de rassembler. Ce qui est le plus excitant avec ce groupe, c'est que nous ne savons jamais exactement avant ce que cela va donner jusqu'à ce que nous ayons fini le mix. Nous aimons travailler sous pression, avoir peu de temps pour enregistrer et mixer. C'est une partie intégrante du processus d'écriture des morceaux, le fait d'essayer différentes choses par rapport à un morceau.

Routine

Musicalement, nous essayons de ne pas copier ce que nous avons déja fait. Nous préférons approcher la composition comme un challenge, pour continuer à rendre tout ça intéressant pour nous. Bien sur, tu peux toujours reconnaitre un morceau de Godflesh, mais on essaye d'apporter des choses différentes à chaque fois. Cette fois-ci, nous avions voulu éviter ces riffs Heavy-métal que l'on trouvait sur le précédent, par exemple.

Main

Godflesh me suffit, je n'ai pas besoin de faire toutes ces collaborations. Si je fais quelque chose à coté de Godflesh, ça sera tout seul. J'ai fait quelque concert avec Main, mais je n'aime pas trop jouer live. Robert a vraiment sa manière très personnelle de s'occuper des choses, il a trop d'humeur, de "tantrums" et Scott a du craquer. Je ne suis pas surpris, mais c'est triste. Robert va surement continuer, en plus il a son propre studio dans sa chambre. Mais à la différence de Mick Harris qui a pu continuer Scorn tout seul, Robert aime s'entourer de gens.

Obsession

Notre obsession par rapport à la musique est la chose que nous avions en commun, justin et moi, initiallement. Nous venons tous les deux de background musicaux totalement différents. La musique me remue plus que n'importe quoi d'autre. C'est vraiment très important pour moi. J'ai commencé à vraiment préter attention à la musique vers douze ans et c'était les Beatles, des vieux Stones, les Monkees. La première fois que j'ai entendu les Beatles a vraiment été un très grand choc pour moi. Puis, il y a eu Hendrix, Led Zeppelin, Black Sabbath et le Punk, Napalm Death. Justin lui m'a introduit vers les trucs comme Throbbing Gristle, SPK. La première fois qu'il est venu chez moi, il avait dans sa stéréo White House, et je lui disais que c'était pas de la musique, que c'était du bruit, mais j'appréciais beaucoup T/G. Quand nous parlons d'Indus, c'est ce genre de musique que nous aimons, pas NIN ou Depeche Mode!!

Musique pour compenser le malaise et vulnérabilité

En tant que personne, nous ne sommes pas des mecs forts, et comme notre musique est très brutale et punitive les gens s'attendent à ce que nous soyons les gros bras avec les tatoos. Mais nous sommes plutôt timides et sensibles, faibles en un sens comparé à la plupart des gens dans la société. Alors, la musique est plus comme un grand cri et tu n'as pas besoin d'être fort pour aimer ce style de musique puissante. C'est une musique brutale mais la vie est tout aussi brutale envers nous, alors c'est une manière de rendre la pareille. Nous n'encourageons pas les gens à être des gros bras et tout ça. C'est juste une énorme poussée émotionelle qui libère toute cette merde en nous. Et nous pouvons nous cacher dans la musique de Godflesh. Quand nous jouons live, il y a ce grand mur de son comme un ouragan et nous sommes au milieu, cela nous rend puissant, nous nous sentons bien. C'est de la musique forte pour des gens faibles qui veulent être forts ou du Heavy-Metal pour ceux qui n'aiment pas le Heavy-Metal. Au dela des clichés ou des conneries, c'est de la pure brutalité et émotionel en même temps; ce n'est pas simplement de la haine. Alors peut-être que certains peuvent également se cacher à l'intérieur comme nous.

Revanche à travers la musique

Grâce à la musique, nous pouvons faire passer la violence que nous ressentons plutôt que de l'infliger aux gens. Godflesh peut aussi être considéré comme notre revanche sur la société, nous retournons tout les problèmes, la confusion que nous ressentons de cette manière. Notre musique est dure, mais ce n'est pas simplement la violence pour la violence, c'est plus compliqué.

Ce qui le fait toujours croire en le Rock

Justin Broadrick- Il est important pour nous que le nouvel album soit Rock. Le concept original de Godflesh était d'amener le Rock dans ses limites. Je pense que c'est vraiment triste quand des gens qui jouent du Rock depuis tant d'années d'un coup disent: non, c'est la fin du Rock. Ca a l'air d'être un tel "statement" pour eux, ils disent: la guitare est morte. Et je pense que c'est passé à coté du truc. La musique reste de la musique que cela implique des guitares ou quoique ce soit, c'est toujours de la musique si ça touche le coeur, l'esprit, alors qu'est-ce qu'on en a à faire? Nous n'avons pas de temps à perdre avec ces déclarations qui viennent souvent de gens qui sont trop amers ou négatifs à propos des choses. Ils n'ont simplement plus d'idées, c'est tout.

En ce qui concerne Robert Hampson, il a simplement emmené le Rock jusqu'où il pouvait l'emmener. Son but par rapport à la guitare est d'aller au delà de la guitare et en même temps il refuse toute la technologie aussi bien. Il ne veut pas entendre parler des synthés par exemple, alors que pour nous la musique est sans limites, tout comme les instruments. Ce qui peut être un paradoxe pour nous car Godflesh est supposé être un certain type de musique, donc il y a des limites; mais ce n'est pas une grande déclaration au détriment d'autres styles.

Ce nouvel album

Selfless pour nous est mélancolique et dépréssif, plutôt vague, au sens où ce nouvel album atteint son but de manière plus directe. Si notre album sonne plus accessible, (et accesible et commercial sont deux mots différents), c'est purement accidentel. Tout ce que nous faisons se fait plutôt inconsciemment. Au début, je pensais que c'était notre album le plus dur, le plus hardcore. Mais, tu peux y trouver de la lumière tout comme de l'ombre également, c'est ce qu'on nous a dit. Nous sonnons pour la première fois comme un véritable groupe. Ca, c'était une décision consciente par contre. Celui-ci est moins clinique, mais il y a toujours de la technologie, ça reste une bonne partie de notre son.

Columbia et Godflesh

Selfless était notre premier album à être enregistré dans notre propre studio alors que nous avions tout ce nouveau matériel digital. Quand Columbia/Sony nous ont signé pour cet album, avant de nous jeter aussi vite, ils nous ont donné de l'argent pour agrandir notre studio et pour pouvoir acheter tout ce matériel. Avant, nous étions habitué au matériel analogique, et tout d'un coup nous avions toutes ces machines digitales et il nous a fallu trouver notre propre chemin à l'intérieur. Et la conséquence de ça a été Selfless. Et sur ce nouveau par réaction, nous avons voulu qu'il soit un peu plus sale.

Praxis/Bill Laswell

Tu y trouve aussi Page Hamilton, Ted Watson des Swans, Kevin Martin, Jeff Mills aussi...Nous connaisson Bill Laswell depuis 1991 à l'époque où Godflesh tournait aux States avec Napalm Death, c'était la dernière fois où Mick Harris jouait avec eux. Et John Zorn et Bill lui ont demandé d'amener les gars de Godflesh pour participer à Painkiller, alors nous sommes allé à Brooklyn au studio de Bill pour deux titres et nous avons commençé à établir une relation assez sub-consciente. Pas de fausses politesses, on se voit quand nécéssaire. Nous avons l'air d'avoir la même optique dans le travail. Et je crois que depuis cette première participation à Painkiller, il a gardé un oeil sur nos projets, par exemple sur mon projet solo Final dont le premier album est sorti sur son label Subharmonic. Puis, il a entendu le second Techno-animal que j'avais réalisé avec Kevin Martin de God et ça lui a plu et il a pensé à nous pour le prochain Praxis. Il voulait que cela soit comme une rencontre entre Techno-animal vs Ice ce qui est exactement ce que nous avons fait.

Ice

Nous travaillons sur le nouvel album depuis six mois. Nous sommes en train de signer un deal de distribution et aussi surprenant que cela puisse paraitre, ça intérèsserait WEa pour un album. Nous avons maintenant un manager pour Ice qui est la même que My Bloody Valentine. Ice, à la base, est toujours moi et Dave Cockrin d'Head Of David et Kevin bien sur de God, il y a aussi Lou Ciccocili de God et Laika; puis il y a New Kingdom qui font du Hip Hop à New-York qui vont s'occuper de ces Funky Grooves, il y aussi Blixa Bargeld qui chante sur l'album, on a un rapper des Jungle Brothers qui s'appelle Torture. D'après ce qu'on m'a dit cela fait penser à du Krautrock rencontrant du HipHop. Wea pense que Ice peut être une nouvelle version des Beastie Boys en plus sérieux ce qui est très drole. En même temps, c'est très live. Tous les instruments sont joués live, mais comme un disque de Hip Hop; et le contexte est vraiment "abstract". Si tout va bien, l'album devrait être sorti avant la fin de l'année. Mais, il y a tellement de projets qui arrivent, beaucoup plus qu'il y a deux ou trois ans. Sinon, Kevin et moi, nous travaillons à un autre projet de Technoanimal qui s'appelle The Sidewinder qui est nous en train de délirer sur de la pure techno 4/4 que j'adore également.