THE CHEMICAL BROTHERS

interview par Philippe Morrison. Parue dans le numéro 18 de Tribeca (mai-juin99)

Cette interview est par ailleurs déja paru sur le Virgin Mega Web l'été 1999. Vous voulez comparer? Cliquez là:

ARE YOU EXPERIENCED ?

Plus que Fat Boy Slim ou bien Prodigy, les Chemical Brothers sont les véritables représentants d'une Techno anglaise urbaine festive et radicale. Et ne leur dites pas que c'est du Rock !! En signant leur album le plus pop à ce jour, ils espèrent prouver qu'il y a une vie après le Big Beat. La réussite est totale.

Beaucoup n'aurait pas survécu au succès planétaire d'un album (Dig Your Own Hole) qui su réconcilier les publics rocks et techno, concrétisé par ce Grammy Award pour le "Meilleur Instrumental Rock"en 1998 pour le titre "Block Rockin' Beats". Mais, les Chemicals Brothers n'ont pas pris la grosse tête. Détestant les sessions photos en public, ils préfèrent se cacher derrière une apparence quelconque pour mieux refuser toute frime, par essence futile. Par contre, ils se lâchent volontiers en privé, n'hésitant pas à imiter Marlon Brando chantant "Sue Me", l'un des morceaux phares de la comédie musicale Guys And Dolls!! Plus peut-être qu'Underworld, l'autre grand groupe de techno anglaise, Les Chemicals Brothers se remettent en question, cherchent et trouvent. "Surrender" devrait faire craquer les derniers réticents.

Etonnamment accessible, "Surrender" est surtout votre album le plus ambitieux…

Tom Rowlands - oui, d'autant plus difficile à réaliser qu'il part d'une vision. Nous voulions créer une musique imposante et belle, qui donne l'air d'avancer continuellement en évoluant sans cesse. C'est la raison pour laquelle tous les morceaux sont enchaînés. "The Sunshine Underground" est un bon exemple car il commence mid-tempo avec une ambiance rêveuse, puis grâce à une accumulation de sons avant que tu le réalise le rythme s'est accéléré et le morceau est parti en pur techno. Il y a beaucoup d'idées différentes sur cet album mais l'ensemble garde une réelle cohésion.

Sur "Surrender", on peut y trouver une ballade folk comme "Asleep From Day" suivi de "Got Glint ?" clairement house à la sauce Chemical, alors que "Let Forever Be" est un "Setting Sun" bis ouvertement pop. Vouliez-vous faire un album aussi diversifié dès le début de la composition ?

Tom - Ça s'est fait tout naturellement en fait. Regarde, sur notre premier album tu retrouvais aussi bien des morceaux aussi différents qu'"Alive Alone" chanté par Beth Orton que "Chemical Beats". Et je pense que sur "Surrender" la palette d'émotions s'est agrandie, c'est tout. Ce disque te fait passer par différentes émotions mais il nous ressemble toujours beaucoup.

Ed Simons - La diversité en soi n'a rien de glorifiant. J'aime des albums qui ont la même humeur tout le long également. Mais, c'est vrai que j'aime le fait que les gens puissent entendre le morceau avec Hope Sandoval de Mazzy Star et que ça ressemble quand même à du Chemical Brothers même si c'est différent de ce qu'on a pu faire par le passé.

Tom - Je pense que notre son est suffisamment fort pour pouvoir absorber d'autres sons, d'autres influences sans qu'il soit trahi par certaines collaborations.

J'ai l'impression que vous avez voulu pousser ce mélange entre les sons électroniques et ceux plus organiques que vous pratiquez depuis le début ?

Tom - Nous avons toujours voulu mélanger les sons analogiques et numériques en essayant toujours d'aller plus loin à chaque fois. Nous aimons utiliser différents sons, différents instruments que nous n'avons pas normalement utilisés auparavant. Nous composons toujours sur ordinateurs, samplers et machines. Notre manière de programmer est évidemment très électronique mais nous voulons faire une synthèse entre les sons organiques et électroniques. Nous voulions garder la puissance et l'énergie de nos précédents disques tout en trouvant une nouvelle manière de le faire.

Allez-vous donc travailler différemment vos live sets ?

Ed - La grande différence, c'est que comme l'album est plus diversifié que les précédents, il va peut-être y avoir des moments plus calmes où les gens vont pouvoir s'arrêter de danser.

Tom - J'aime quand les lives sets sont intenses. C'est l'une des raisons pour lesquelles on utilise des fréquences agressives parfois. C'est une expérience différente des disques.

Ed - C'est ce qui nous plaisait avec les concerts de My Bloody Valentine en 91/92. Ils utilisaient ce mur du son bruitiste et le faisaient d'une manière plaisante. C'est ce que nous avons parfois tenté de faire sur scène en mariant des beats funky avec des fréquences radicales qui pouvaient surprendre certains.

Lors d'une interview récente, vous exprimiez votre souhait d'avoir réalisé un album qui permette aux gens de s'échapper…

Tom - J'aime quand la musique peut te transporter vers…J'aime la musique qui peut te faire sortir de toi-même. Nos compositions s'apparentent à un voyage, une expérience pour les gens.

Ed - Créer une musique qui affecte les gens. C'est ça dont il s'agit. Quant à la musique mauvaise, elle te passe au travers, non ? Pour revenir au morceau "Sunshine Underground", tu dois te laisser complètement aller à l'écoute du morceau, tu dois te laisser absorber par lui et ces sons, ces changements. Il y a plein de choses à découvrir dans ce morceau si tu te laisse aller à son écoute. Ecouter attentivement. C'est que j'apprécie quand j'écoute des disques.

Lors de la composition, avez-vous des rôles bien définis ? l'un peut s'occuper plus des rythmes et l'autre des sons…

Ed - La base vient peut-être plus facilement de Tom. Mais on ne travaille pas séparément comme certains. Ça serait bien pour les interviews de dire Tom fait çi et moi je fais ça, mais désolé ce n'est pas vrai. Ce qui est bien en électronique, c'est que tu n'as pas cette division entre les musiciens comme en rock par exemple.

Nous retrouvons donc beaucoup de collaborations sur cet album, Noel Gallagher d'Oasis et Bernard Sumner de New Order pour l'éblouissant "Out Of Control", pour n'en citer que deux. Comment choisissez-vous les artistes avec lesquelles vous décidés de travailler ?

Tom - nous ne sommes pas seulement fan de la musique des personnes avec lesquelles nous collaborons mais nous pensons également qu'il y a une base émotionnelle commune entre nous. C'est pas facile de faire confiance à quelqu'un pour qu'il mette sa voix, écrive des paroles sur ta musique. Il doit y avoir cette espèce de fraternité d'esprit.

Vous avez joué en avril à Londres un DJ set en soutien aux réfugiés du Kosovo, ce n'est pas la première fois que vous faites ça, on se souvient de votre participation à la compilation "Help" de l'association War Child pour les enfants de Bosnie. Est-ce important pour vous de montrer qu'il y a autre chose derrière la musique des Chemical Brothers ?

Ed - Nous ne sommes pas un véritable groupe politique mais on aime faire les DJ . Ce que nous aimons à la base c'est de jouer notre musique aux gens. Alors après, que l'argent aille dans nos poches ou dans celles de quelqu'un d'autre ça n'affecte pas ce que nous voulons faire. Nous ne le faisons pas toujours mais quand les gens nous le demandent, si c'est pour une bonne cause nous acceptons avec le plus grand plaisir. C'est pas vraiment pour montrer une autre facette de notre musique, c'est plutôt que c'est quelque chose que nous aimons faire et ça ne nous coûte pas grand chose.

Je voulais dire que les artistes techno ne font pas souvent ce genre de choses. Mais peut-être ne le leur demande-t-on pas?

(Tom acquiesce)

Ed - Sur un plan pratique, faire le DJ est une manière rapide de rassembler des fonds lors d'un concert en opposition aux concerts rocks, plus difficile à mettre en place rapidement. Mais on n'a pas envie d'être Bob Geldolf. Nous aimons simplement faire ça et si quelqu'un pense que ça peut aider une bonne cause, alors pourquoi pas ? Ce concert était à Londres à 10 minutes de chez nous, alors?

Dernière question et je vous laisse à votre planning serré. En dehors de la musique, quels sont vos passe-temps ?

Ed - Les comédies musicales.

Tom - J'aime faire du vélo dans la foret. J'aime un peu de nature.

Ed - J'aime conduire ma voiture ou marcher dans les parcs.

DISCOGRAPHIE (ALBUMS)

EXIT PLANET DUST. 1995. (Freestyle Dust/Virgin)

DIG YOUR OWN HOLE. 1997. (Freestyle Dust/Virgin)

BROTHERS GONNA WORK IT OUT. 1998. (Dj Mix) (Freestyle Dust/Virgin)

SURRENDER. 1999. (Freestyle Dust/Virgin)

BIOGRAPHIE

Thomas Owen Mostyn Rowlands.

Né en 1971 à Kingston-Upon-Thames.

Etudes d'Histoire (Moyen Age) à Manchester. 1988

1°groupe Ariel, deux singles pour le label Deconstruction (1991/1992)

Edmund John Simons

Né en 1970 à Oxford.

Etudes d'Histoire (Moyen Age) à Manchester. 1988.

- Première expérience de DJ en 1991 dans le cadre des soirées " Naked Under Leather" de Manchester sous le nom des Dust Brothers, hommage aux producteurs du même nom de l'album "Pauls Boutique" des Beasties Boys.

- Premier single en 1992 "Song To The Siren" sur leur propre label Diamond Records qui devint Freestyle Dust. Ressorti sur JBO en 1993 (label d'Andrew Weatherall).

- Premier remix : le titre "Packet Of peace" de Lionrock. 1993.

Premier remix rejeté par l'artiste : "Hyperballad" de Bjork.