Interview par Philippe Morrison paru dans le numéro 17 de TRIBECA 75 (mars/avril 99)
Vous avez aimé Cassius ? Vous n'avez pas encore entendu Alex Gopher.
A écouter chez soi comme en club.
Entre Prince, Georges Clinton, Billie Holiday ou…Air.
Subtil mélange de Funk et de House, agrémenté d'un zeste de Jazz et de Pop.
You My Baby And I sera le grand disque "French Touch" de l'année.
Il aura mis le temps, mais Alex Gopher va enfin sortir fin avril son premier album solo. Partenaire d'Etienne De Crécy dans la Solid team, ancien bassiste au sein des mythiques Orange dans lequel vous retrouviez nicolas et jean-benoit de Air, remixeur de Zazie, Alex Gopher est loin d'être un inconnu. Avec seulement trois Ep's plus le Gordini Mix, il a réussi à se faire une talenteuse réputation aussi bien en France qu'en Angleterre. Mais, loin d'être un coup médiatique, "You My Baby And I" est le disque que nous attendions de la "french touch".
Annoncé depuis l'année dernière, ton premier album va enfin sortir fin avril. Pourquoi une telle attente alors que tu n'as sorti que 3 maxis depuis 1995 ?
En fait, nous n'étions pas satisfaits de la première mouture de l'album qui n'était pas assez homogène. J'ai attendu longtemps mais c'est mon premier album. Alors c'est clair que je voulais donner le meilleur de moi-même entre les années 97/99. Ceci dit, j'y vois beaucoup de défauts. Mais il arrive un moment où il faut s'arrêter de travailler sur un morceau, dire stop et le sortir. Que la barre soit placée assez haut, je n'en sais rien, j'ai plus aucun recul. J'en suis fier en tout cas.
"Party People", la première vidéo de "You My Baby And I" et "Time", qui ouvre celui-ci sonnent comme des purs classiques de Funk à la Rick James pour l'un et à la Funkadelic pour l'autre. Mais qui as-tu déniché pour faire les voix de ces seuls morceaux chantés de l'album ?
Sur "Time", tu retrouve Michael "Clip" Payne qui fait justement partie de la bande à Georges Clinton/Parliament/Funkadelic. Je lui ai envoyé l'instru et il m'a renvoyé une démo que j'ai adoré. Et comme je voulais apporter quelques changements on lui a demandé de venir en France. Nous avons gardé une partie de ce qui avait été fait aux USA puis nous avons recomposé un nouveau couplet et surtout mixé le tout pour que le son soit à la hauteur. C'est une bonne ouverture pour l'album et je trouve qu'il est plutôt représentatif de tous les styles et de toutes les facettes de l'album. Il est moderne et en même temps il y a des références funk assez marqués voire pop dans le refrain ce qui est tout à fait assumé dans le reste de l'album.
Sur "Party People", il y a en plus Gary Mudhbone Cooper qui lui a plutôt travaillé avec Bootsy Collins. "Party People" a lui un coté plus Funk 80, P-Funk. C'est pour ça qu'au départ j'étais un peu ennuyé que ça soit un single parce que ça sonne presque comme un classique et c'est pas forcément représentatif de ce que j'essaye de faire, qui sont plutôt des choses plus modernes et plus surprenantes mais bon c'est un titre tellement évident que…
Il y a une constante dans tes productions qui se démarquent du reste de la "French Touch". C'est cette couleur organique de tes sons.
C'est quelque chose d'important et en même temps de pas calculé. Ça fait partie de mon son et de ce que j'aime. Même si c'est fait avec des machines, même si on sent que c'est un sample, il faut que le sample soit chaud. C'est un peu imagé mais j'aime qu'on entende que c'est de la musique fait par une personne. J'essaye de donner un coté humain à mes productions, de donner un peu d'âme à tout ça.
Tu travaille en parallèle au fameux studio de mastering Translab, est-ce que ce mélange entre une oreille musicienne et l'autre de technicien de son t'aide à mieux trouver le son que tu recherche ?
Je pense. Du fait de mon métier, je me suis rendu compte que le travail de mastering est un travail d'analyse perpétuel de la musique. J'analyse les sons un par un pour voir ce que je peux rattraper et du coup quand je vais produire un titre et choisir mes sons, je vais avoir cette même analyse. C'est jamais vraiment gratuit. Je sais ce que je veux comme type de sons et je me prends la tête sur leur couleur. Mais je pense être plus producteur que musicien. C'est à dire que le travail de production sur le son est aussi important que les compositions, qui sont souvent des compos assez simples comme dans le funk ou la house où ça joue sur trois, deux ou un accord. Après c'est de la production et de l'arrangement. Et puis à part jouer un peu de basse, je ne suis pas un musicien virtuose.
Comment s'est faite ta culture musicale?
Le premier disque qui m'a marqué c'est L.A Woman des Doors, c'est le premier disque qui m'a procuré des émotions. Puis, comme mes frères étaient deejays dans les soirées disco à l'époque fin 70, le début de ma culture club vient de là (Chic/Sugarhill gang). Après je suis passé à la New Wave, entre Bauhaus et Talking Heads jusqu'à la pop des Smiths. Et j'ai découvert le Hip Hop grâce au premier Tribe Called Quest fin 80. Et via le Hip Hop j'ai découvert la Soul et le Jazz gràce aux compilations Blue Note l'époque. Après le coté House/Club m'a été révélé par Etienne quand il travaillait sur leur premier Motorbass. Mon premier maxi, le Gopher EP, est funk sauf pour un titre "Le Turbo Personnel" qu'on a fait au dernier moment avec Etienne ce qui m'a emmené vers ce coté House. Ca a été la révélation de cette musique qui est présente dans mes morceaux depuis.
Comment vous étes vous rencontrés avec Etienne De Crécy?
On était dans le même lycée avec Etienne et Pierre-Michel dans les années 80. Nous avons monté une association pour organiser des concerts, pour faire tourner nos groupes parce qu'il ne se passait rien. Je jouais dans Orange avec Nicolas et Jean-benoit de Air et Xavier de Bang Bang/Ollano, et eux dans Louba où tu retrouvais aussi Mr Learn (ex-Fisherman). Nous avions fait jouer Oui Oui en tête d'affiche par exemple. Le label Solid a existé grâce à Pierre-Michel qui voulait sortir mon premier EP enregistré par Etienne. Ce maxi n'a pas eu un beau succès commercial mais un bon succès d'estime. Donc, ça nous a donné l'idée de le faire sérieusement. Pierre-Michel a donc quitté EMI et la société Solid a pu vraiment exister.
Te sens-tu à part dans la scène french touch actuelle?
Oui et non. Je me sens proche de Air, j'ai tellement travaillé avec eux que forcément on a plein de goûts en commun, même si j'ai un coté plus prononcé pour la musique soul et black, eux sont plus pop. Les influences communes se sentent sur mon morceau "Ralph and Katty". Et je me sens proche de Daft Punk, et quand je fais des morceaux énergiques j'essaye de retrouver l'énergie qu'ils ont réussie à donner à tous leurs titres. Même Cassius car l'un des maxis qui m'a le plus influencé quand je me suis mis à faire de la musique électronique, c'était le premier Lafunk Mob. Eux ont un coté club très affirmé, vraiment House. Mais nous avons des influences communes, Sly/Prince, même si nos musiques divergent.
Qu'est-ce que nous réserve Solid pour 1999 ? et Où en êtes-vous avec la série des vinyls PoumTchak ?
Pour Poumtchak, nous en sommes au numéro 8. Le dernier c'était moi. J'aimerais bien faire un album à terme de FUSE, mon pseudo pour Poumtchak, donc un album club. Pour l'instant, on a un peu arrêté la série. On voudrait en faire un neuvième et peut-être faire une compil Cd avec l'intégrale. C'est un projet qui se tient, parce qu'il y a un vrai concept dans l'idée de Poumtchak avec un morceau club sur une face et un autre pour la maison sur l'autre. Il y aura sùrement un album d'Etienne à venir et une signature surprenante sur laquelle je ne peux pas en dire plus. Quelqu'un qui joue dans un groupe, qui fait quelque chose de très différent de l'image qu'on peut avoir de Solid, ça sera sous son nom. Puis l'album de Cosmo Vitelli à l'automne.
- 3 Disques qu'Alex Gopher écoute
Cornelius -
Basement Jaxx - Red Alert
Scott Groove - Daft Punk Remix
Prince - Black Album
Beatles - White Album
Eddie Harris - Is It In ?